Lilia El Golli : « Mon approche évolue au fil du temps »

Lilia El Golli alias @Liloone est une photographe née en Tunisie, qui vit  et travaille à Paris. Artiste et ancienne cadre supérieur en société elle a tout laissé derrière elle pour se consacrer à l’expression artistique. Élève de l’école de l’argentique, Liloone développe une démarche photographique très particulière associée à la musique. A travers cette interview, nous revenons sur son parcours atypique qui mêle ces deux passions.


Comment et pourquoi avez-vous commencé à photographier ?

J’ai commencé à 11 ans, avec l’appareil argentique de mon père, que j’ai très certainement dû bousiller dans la foulée. Depuis je n’ai jamais arrêté. J’ai réalisé des études de finances entre-temps et travaillé pendant 11 ans dans des sociétés européennes. Au bout de ces 11 ans, j’ai tout plaqué, et suis revenue à mes premiers amours, la musique et la photographie.

Comment avez-vous appris ?
Sur le tas, en photographiant, photographiant, photographiant. J’ai appris sur de l’argentique, donc il fallait en permanence jouer sur le diaphragme et la vitesse. Passée au numérique avec des boitiers « réfléchissant » à ma place, je ne me suis pas autant régalée, donc j’ai gardé le numérique mais suis passée à des boitiers entièrement manuels. On maitrise tout et c’est bien mieux.

Si vous deviez définir votre style, quel serait-il ?
Deux éléments me motivent : la recherche de la Lumière en permanence, et l’échange que j’ai au moment précis où j’appuie sur le déclencheur. Que ce soit une personne ou une nature, j’ai besoin qu’il existe un échange d’énergies. Le seul style –au sens propre- que je me sois imposé, c’est l’alliance d’un titre de chanson à chaque photo et un titre d’album de musique à chaque album photo. Je suis à mes heures perdues musicienne depuis toute jeune, et je voulais « graver » ça dans mon approche de la photo.

Si vous deviez citer UNE référence en matière de photographie, quelle serait-elle ?
Aucune et toutes. Je ne sais pas faire de catalogue et je ne sais pas retenir les noms ! Je me rappelle juste des images qui m’ont touchées ou « parlées ».

Sur quels critères vous basez vous pour choisir vos modèles?
Alors, là, encore une fois aucun, juste l’instinct, un moment, une expression, une lumière.

Y a-t-il dans votre portfolio une photo que vous affectionnez particulièrement ? Si oui, pourquoi ?
Mon approche évolue au fil du temps, et je ne m’attache que très peu ! J’ai la faiblesse d’aimer ce que j’ai fait, et la double faiblesse d’aimer les deux nouveaux albums sur lesquels je travaille en ce moment.

Ou puisez-vous votre inspiration ?
Je vais répondre par un échange que j’ai eu gamine avec un proche : il m’avait demandé si j’aimais l’Art, je lui avais répondu « Vous me demandez si j’aime la Vie ? ». Nous oublions par moment que rien n’est plus cher que la Vie, il faut traverser des pépins de santé ou des drames personnels pour s’en apercevoir. Donc d’inspiration(s), je sais juste qu’il faut être ancré dans le moment présent, ne rien intellectualiser (on le fait assez avant ou après !), et aller à la rencontre des autres, de soi !

Quel est le “Souffle”, les émotions, le message, que vous souhaitez faire passer à travers vos créations ?
Celui que je viens de décrire auparavant, rien n’est plus cher que la Vie. Pas de message, personne n’est messie pour l’autre. Parfois, il est juste nécessaire de se taire, d’observer, d’absorber et partager des émotions, et surtout ne jamais oublier de s’amuser dans ce que l’on fait.

Quel regard portez-vous sur la photographie aujourd’hui ?
La révolution du numérique a bouleversé la donne, avec ses bons et mauvais côtés. Je ne crois que ce que je vois, donc je sors souvent voir des expositions, car rien ne vaut une photo imprimée, l’écran faussant tout. Une photo imprimée reste une approche « méditative » lorsqu’Internet ne le permet pas. De plus, la multiplication des appareils nous fait croire que la technique est importante. Elle le reste dans la maitrise globale de la gestion de la lumière (un appareil photo ne reste qu’une pupille que l’on impressionne) et bien que je sois technophile, je trouve les nouveaux appareils redoutables, frisant le ridicule, ainsi que les « mecs » qui se mesurent aux autres à travers ces appareils ! Mis à part ce petit inconvénient, il y a beaucoup d’âme dans ce que je vois en ce moment et surtout en Tunisie. Pourvu que ça dure !

Quels sont vos projets ? Comment imaginez-vous la suite de votre parcours ?
J’ai 10 projets en même temps, et j’aime faire 10 choses en même temps ! Je ne calcule rien, une chose amène une autre et c’est très bien comme ça… Pour l’instant, je vais déjà essayer de gérer ce que j’ai sur la planche.

As-tu envie d’essayer un autre type de photo ? Si oui, lequel ?
Le sport. J’ai commencé à m’y intéresser via un club de volley que j’aime bien et pour lequel j’ai shooté, et j’avoue que ça m’a beaucoup plu. C’est un exercice à part entière et je vais prendre le temps de m’y atteler.

Carte blanche :
Que tous les gens biens se donnent la main et que tous les autres lâchent la mienne.



Propos recueillis par Wassim Ghozlani

Shutter Party © 2013 All Rights Reserved