Né et résident à Tunis depuis 1961 , Hamiddedine Bouali est actif dans le domaine de la photographie depuis une trantaine d’années. Animateur, formateur, directeur de stages et enseignant, il fut commissaire de plusieurs expositions dont « La Tunisie de Jacques Pérez » en 1997, et des deux éditions du « Mois de la Photo de Tunis » en 1997 et 2001. Auteur de plusieurs articles parus sur les colonnes des quotidiens tunisiens et étrangers à propos de la photographie. Il se considère en même temps comme photographe, critique et historien. Hamideddine édite aussi un blog sur lequel il met en avant son travail photographique. Nous vous invitons à lire son interview et à le découvrir.
Comment et pourquoi avez-vous commencé à photographier ?
Dès que l’on me pose cette question je rétorque qu’il serait plus judicieux de s’interroger sur la pérennité de cette passion, plus importante à connaitre que la manière et les raisons du début. C’est une soif de vie, une curiosité sans limite et surtout un amour de l’humanité ; dans ces joies, ces souffrances et ces interrogations qui m’ont attaché à la pratique de la photo depuis 30 ans exactement. Je suis comme un gosse dans un magasin de jouet, je ne me lasserais jamais de la photo, mais j’aurais toujours des regrets…je ne pourrais pas tout emporter.
Comment avez-vous appris ?
Dans un club photo, celui du Bardo, avec un animateur japonais…qui m’a inoculé le virus non pas de la photo mais des techniques photographiques. A l’époque, début des années quatre vingt il préparait lui-même ses produits chimiques pour faire développer ces films inversibles couleur et dans son séjour où il tirait des agrandissements couleurs ! Depuis, je suis convaincu qu’aucun défie n’est impossible à relever si on y met du temps et de l’énergie. Je continu à apprendre des méthodes de travail, le respect de celui qui va voir la photo en ne lui présentant que des photos « respectables », le dépassement de l’outil pour atteindre l’œuvre et enfin un don de soi sans compter. Cet apprentissage sans fin je le dois à travers l’amitié avec certains photographes, la lecture de livres ou tout simplement en regardant des photos…Jacques Perez, Abdelhamid Kahia, Pierre Olivier, Ridha Zili, Mohamed Ayeb, Claude Iverné, Nathalia Jaskula, Michael Zumstein, Patrick Zachman…aucun ne m’a clairement ou directement conseillé…mais je ne serais pas ce que je suis maintenant sans eux !
Si vous deviez définir votre style, quel serait-il ?
Je suis un photographe sympa ! J’essaie toujours de mettre un petit sourire même dans les situations les plus tragiques. J’essaie de faire des photos qui resteront même quant l’événement, les faits ou la scène est dépassé, oublié ou caduque : sans le vouloir je me surprends en train de faire des photos qui illustrent beaucoup plus qu’elles n’informent… Je me sens proche de la photographie humaniste, celle de Cartier Bresson, de Doisneau, de Boubat, d’Izis, d’Elliot Erwitt…celle que l’on désigne par classique car elle ne sera jamais démodée.
Si vous deviez citer UNE référence en matière de photographie, quelle serait-elle ?
Une seule ? Impossible ! Mais disons un croisement entre la rigueur technique d’Ansel Adams et l’acuité de vision de Cartier Bresson, en 1985 je disais la même chose.
As tu besoin de connaître les gens que tu photographies, que change la relation personnelle à ton approche de la photo ?
Non, je me fie entièrement à mes yeux…je n’ai nullement besoin de parler avec mes sujets ou d’établir une quelconque relation, la photographie étant une chose à voir il est donc tout à fait conforme à l’idée que je me fais de la photo de me contenter de l’aspect, du paraitre et du visible. Cependant mes préjugés, mes appréhensions et mes principes sont mis à contribution pour ajouter à ce que je vois un lest personnel. Et même si je suis victime d’une « illusion d’optique », n’est ce pas un merveilleux effet photographique ?
Y a-t-il dans votre portfolio une photo que vous affectionnez particulièrement ? Si oui, pourquoi ?
J’ai envie de dire « la meilleure est celle que je ferai demain », mais je répondrais : celles que je rate, car ce sont des dizaines de photos que par manque de temps, d’un retard de réflexe, d’un choix technique inapproprié, d’un mauvais positionnement que je n’ai pu prendre que sur ma rétine…elles y sont encore.
Ou puisez-vous votre inspiration ?
Dans la vie…Bien que je suis souvent accompagné par mon Lumix, je ne le tire que rarement de mon sac. Je ne parle pas de ce début 2011 qui fut exceptionnel, plus de 300 photos par jour, mais de mon rythme normal…Je pense que la vie d’un photographe est faite d’un cycle qui se répète tout le long de sa carrière : un temps pour faire des photos, un temps pour les montrer et un temps pour vivre…impossible de faire autrement si l’on veut que les photos soient vraiment le reflet de la vie.
Quel est le “Souffle”, les émotions, le message, que vous souhaitez faire passer à travers vos créations ?
Ce ne sont pas des créations, tout comme moi je ne me sens ni comme créateur ni comme artiste ; je me considère juste un photographe qui essai de faire des photos justes…j’y mets un peu de moi-même et beaucoup du monde que je vois : de la bonne humeur dans un monde de brute…je ne veux transmettre ni messages ni discours, en tout cas je ne le fais pas consciemment …simplement une bribe de temps ! Une photo c’est à la fois rien : l’ensemble des temps de pose réalisés depuis Nièpce ne dépasse pas quelques jours, pourtant on a l’impression que tout à été photographié…c’est ce statut mystérieux, magique et insaisissable que je tente de mettre dans mes photos.
Quel regard portez-vous sur la photographie aujourd’hui ?
La photo n’a jamais accepté de se cloisonner dans une définition. A l’instant même où un théoricien publie un texte pour la cerner, une avancée technique majeur, une connexion avec un domaine, plus ou moins, voisin ou une nouvelle vision d’un photographe viennent pour embrouiller les cartes…aujourd’hui impossible de prédire ce que sera la photo dans 5 ans…mais heureusement il y aura toujours des opérateurs derrière des dispositifs photographiques, des individus qui regarderont le résultat….et des théoriciens pour vouloir tout comprendre…et la roue du temps continuera de tourner.
Quels sont vos projets ? Comment imaginez-vous la suite de votre parcours ?
Je n’ai jamais fais un plan de carrière, et je n’en ferais jamais…En photographie je ne vois pas plus loin que la journée qui commence, mais les choses se font et se défont sans que l’on puisse rien faire. En ce début de 2011, j’ai fais des photos sans penser à une expo ou un livre, ni même à en vendre…aujourd’hui après six mois, j’ai déjà quatre expos personnelles, deux en Tunisie et deux à l’étranger, une dizaine de participation à des expos de groupe, des dizaines de photo publiées et vendues… Autant que ce que j’ai accomplit dans les dix dernières années…Mais ceci n’est que la conséquence logique de ce qui a été fait.
As-tu envie d’essayer un autre type de photo ? Si oui, lequel ?
Non, je me complets dans ce que je fais depuis 30 ans, j’ai l’impression de tourner autour du même sujet : l’homme dans ce qu’il fait de sublime ou de médiocre. Je ne suis qu’un témoin de cela, un jour on en fera une compile et je voudrais que l’on dise : tout compte fait le monde est bien sympa.
Propos recueillis par Wassim Ghozlani









